Au Festival de Cannes l’année dernière, il y avait non pas un mais deux films métaphoriques qui revisitaient la crise meurtrière du sida dans les années 1980.
Le premier était le film d’horreur corporel explosif et trop zélé de Julia Ducournau, lauréate de la Palme d’Or, Alphadans lequel les infectés sont devenus des sculptures humaines vivantes et respirantes, leur peau se durcissant en marbre qui semblait suffisamment réel pour être découpé dans un fabuleux comptoir de cuisine.
Le regard mystérieux du flamant rose
L’essentiel
Un regard touchant et inventif sur une maladie tragique.
Date de sortie : Vendredi 12 décembre
Casting: Tamara Cortés, Matías Catalán, Paula Dinamarca, Francisco Díaz, Pedro Muñoz
Réalisateur-scénariste : Diego Céspedes
Noté N/A, 1 heure 44 minutes
Le deuxième long métrage, le moins bruyant, était celui du premier réalisateur chilien Diego Céspedes Le regard mystérieux du flamant rose (La mystérieuse merveille du flamenco), qui a remporté le premier prix de la section Un Certain Regard du festival. Dans cette histoire touchante et surréaliste, le SIDA est un fléau inconnu transmis par un regard trop affectueux dans les yeux des personnes infectées, provoquant l’émoi parmi les habitants d’une ville minière isolée dans le désert.
Céspedes capture cet étrange phénomène à travers le point de vue d’une préadolescente, Lidia (Tamara Cortés), qui vit avec sa mère trans, le titulaire Flamenco (Matías Catalán), dans un bordel délabré peuplé d’un gang tapageur de travailleuses du sexe. L’endroit est dirigé par Mama Boa (Paula Dinamarca), une madame coriace qui n’hésite pas à donner de temps en temps un bon coup de pied dans les noix à un client difficile.
C’est certainement un cadre unique, et une partie de ce qui se passe dans Flamant cela semble trop bizarre pour être vrai. Mais les choses tournent soudainement au tragique dans le dernier acte, et ce qui semblait frivole ou folklorique devient mortellement sérieux lorsque Lidia est obligée de faire face à ce qui se passe autour d’elle.
En attendant, l’histoire suit la pugnace jeune fille de 11 ans alors qu’elle est harcelée par des garçons à la piscine locale tout en étant témoin de la santé déclinante de sa mère à la maison. Leurs vies sont bientôt en danger lorsqu’un des clients de Flamenco, Yovani (Pedro Muñoz), se présente avec des symptômes de la maladie et lui reproche sa maladie, menaçant de se venger.
Le mineur armé appartient à une bande d’hommes en colère qui se présentent au bordel et l’entourent comme un groupe du Far West. Mais au lieu de déclencher la fusillade habituelle à ce moment-là, Céspedes transforme ce qui aurait pu être une vilaine bagarre en une douce fête de câlins entre les travailleuses du sexe et leurs amants improbables.
Dans le monde de Flamantles attitudes machistes et la transphobie cèdent la place à la tendresse, notamment lors d’une séquence de mariage douce-amère dans laquelle Mama Boa épouse le vieux prospecteur barbu Clemente (Luis Dubó). Une autre scène mémorable implique un concours de talents annuel dans lequel le flamenco synchronise une ballade latino en pleine traînée, hypnotisant tous les mineurs endurcis venus la voir jouer.
Malgré son sujet sombre, il y a beaucoup de joie et de chaleur dans le premier long métrage de Céspedes, qui n’est pas sans rappeler d’autres plats chiliens récents comme celui de Sebastián Silva. Pourrir au soleil et celui de Sebastián Lelio Une femme fantastiquequi combinaient tous deux de manière inventive des intrigues de genre avec des thèmes LGBTQ. Flamant va parfois trop loin dans le surréalisme, mais en se concentrant finalement sur la façon dont Lidia accepte la réalité de l’épidémie de sida, il porte un solide coup émotionnel à la fin.
Tourné dans un style épuré mais coloré par Angello Faccini, Flamant tire le meilleur parti de son budget limité et de ses emplacements pittoresques, notamment une chaîne de montagnes arides tout droit sortie d’un western spaghetti. La majeure partie de l’action se déroule dans une ville poussiéreuse dont les habitants ont choisi de s’ouvrir à la fois sexuellement et spirituellement, payant le prix ultime de leur tolérance.
