CONCOURS

Le dernier audacieux de Ryusuke Hamaguchi, le réalisateur oscarisé de Conduire ma voiturese déroule principalement dans une maison de retraite parisienne dirigée par une femme (Virginie Efira) dont l’approche thérapeutique progressive se heurte aux réalités d’un manque de personnel chronique et d’une gestion axée sur les résultats. Le public ayant la patience de traverser une première heure au rythme tranquille et très bavard sera richement récompensé par une affirmation émouvante et parfois d’une beauté transcendante des droits humains fondamentaux que sont le respect et la dignité. -DAVID ROONEY

UN CERTAIN REGARD

Le premier long métrage de Marie-Clémentine Dusabejambo, le premier d’un réalisateur rwandais présenté en sélection officielle à Cannes, est un portrait poignant et intime du bilan d’une nation. Au centre d’un casting composé pour la plupart d’acteurs non professionnels, Clémentine U. Nyirinkindi incarne une femme confrontée à l’homme accusé du meurtre de ses frères et sœurs et d’autres proches – même si c’est à travers les relations complexes et souvent tendues du personnage avec sa fille, sa sœur et sa mère que cette histoire à la fois emblématique et douloureusement spécifique prend vie. – SHERI LINDEN

CONCOURS

Triptyque épique gay qui s’étend sur des décennies et se mêle à une période particulièrement sombre de l’histoire moderne de l’Espagne, ce film de Javier Ambrossi et Javier Calvo offre la satisfaction enivrante de voir quelque chose d’ambitieux réussir sa tentative nerveuse. Avec trois intrigues thématiquement convergentes – et des rôles minuscules mais juteux pour Glenn Close et Penélope Cruz – le film mérite son drame en nous plongeant dans son monde et ses idées, nous captivant avec son hymne à ceux qui ont vécu pleinement, même dans les circonstances les plus désastreuses de guerre. — RICHARD LAWSON

Quinzaine des réalisateurs

Le film pointu et émouvant d’Arie et Chuko Esiri transpose celui de Virginia Woolf. Mme Dalloway du Londres des années 1920 à Lagos d’aujourd’hui. Le protagoniste titulaire est joué avec une formidable retenue par Sophie Okonedo, tandis que Fortune Nwafor est une révélation dans le rôle du soldat hanté Septimus. Tout comme le roman cherchait à révéler comment la Grande-Bretagne a abandonné ses anciens combattants, cette interprétation rêveuse et convaincante fait état des dommages collatéraux causés par l’armée nigériane. Ayo Edebiri et David Oyelowo font partie des excellents seconds rôles. — LOVIA GYARKYE

UN CERTAIN REGARD

Ce premier long métrage séduisant et intelligent du controversé Jordan Firstman troque la provocation queer de son travail passé contre une fable chaleureuse sur un organisateur de fêtes new-yorkais drogué (joué par Firstman) qui apprend qu’il a un fils de 10 ans. Bien que le film contienne un peu d’aérographe hollywoodien et une psychologie disculpatoire pratique, il s’agit d’un arc de réalisateur confiant et passionnant – élégant d’une manière discrète, au rythme agréable, avec un ensemble désarmant en orbite autour du charmant tour principal de Firstman. -RL

Quinzaine des réalisateurs

Le premier long métrage en langue française du prolifique auteur roumain Radu Jude est une version moderne et caustique du livre du début du XIXe siècle d’Octave Mirbeau. Transformant l’histoire d’une servante exploitée en celle d’une immigrée roumaine travaillant comme nounou pour deux intellectuels français passifs-agressifs, Jude fustige l’ordre social actuel, laissant place à des digressions sur le communisme, le maoïsme et Nicolae Ceausescu. Mais il remplit également son film d’un sentiment de nostalgie : celui d’être loin de ses proches dans un pays qui n’est pas toujours accueillant. — JORDANIE MINTZER

CONCOURS

Le romancier lauréat du prix Nobel Thomas Mann (Hanns Zischler) et sa fille Erika (la star Sandra Hüller) entreprennent un voyage sans sentimentalité en 1949 à travers l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est dans le road movie d’époque presque parfait de Pawel Pawlikowski. D’une sobriété exacte mais d’une superposition exquise, il forme un triptyque lâche avec les deux derniers traits de Pawlikowski, Ida et Guerre froidetous deux situés au moins en partie derrière le rideau de fer. Il s’agit d’une exploration magistrale de la famille, de l’histoire et de l’angoisse. -LESLIE FELPERIN

CONCOURS

Le New Waver roumain Cristian Mungiu (lauréat de la Palme d’Or 2007 pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours) apporte sa concentration et son réalisme sans fard à un drame épineux dans lequel des soupçons de maltraitance d’enfants dans un village norvégien se transforment en une véritable inquisition. Mettant en vedette Renate Reinsve et un Sebastian Stan méconnaissable dans le rôle du couple au centre de la tempête, le film est une réflexion nuancée sur l’altérité et sur la façon dont quiconque ne se conforme pas aux valeurs d’une communauté invite à la méfiance. -DR

CONCOURS

Le long métrage de créature de science-fiction rugissant du maestro d’action coréen Na Hong-jin – sur des villageois ruraux repoussant une violente invasion – est une expérience de pédale sur le métal superbement soutenue qui est presque vertigineuse dans sa bravoure. C’est une longue séance de deux heures et 40 minutes, mais qui ne permet jamais à votre attention de vagabonder, ne s’arrêtant pour respirer que par intermittence et entrecoupant ces brèves périodes de temps d’arrêt avec des clichés revigorants d’humour décalé. Même avec des touches CG désordonnées, c’est un bon moment. -DR

SEMAINE DE LA CRITIQUE

L’adaptation animée par Phuong Mai Nguyen d’un roman graphique d’AJ Dungo se distingue par une élégante simplicité dessinée à la main et une forte ligne émotionnelle. L’histoire d’amour – fougueuse et déchirante – commence avec la rencontre mignonne dans un lycée de Los Angeles entre le skateur introverti AJ et la surfeuse courageuse Kristen. Ils prennent vie grâce aux superbes tournures de voix de Will Sharpe et Stephanie Hsu dans une chronique de deux jeunes affrontant certaines des tempêtes les plus dures de la vie. —SL

UN CERTAIN REGARD

Le premier long métrage de Louis Clichy, qui a travaillé sur les succès Pixar Mur-E et En hautest un dessin animé gracieux et émouvant qui suit un garçon de 11 ans dont la vie dans la campagne française devient plus difficile lorsqu’il doit porter un corset dorsal. Contrastant le réalisme rustique et les envolées poétiques, Clichy capture les angoisses d’un foyer ouvrier, mais aussi ces moments eurêka que vous vivez lorsque votre monde est soudainement ouvert par la beauté. -JM

SEMAINE DE LA CRITIQUE

Pour son premier long métrage époustouflant, la directrice de la photographie devenue réalisatrice Marine Atlan aborde le genre du passage à l’âge adulte de la manière la plus française possible, livrant une chronique riche et tentaculaire de l’angoisse adolescente qui commence comme un voyage scolaire décontracté en Italie et se transforme progressivement en une histoire dévastatrice de perte. Avec un casting impressionnant d’inconnus et un style fluide qui les capture avec lyrisme et vraisemblance, ce lauréat du Grand Prix de la Semaine de la Critique cannoise annonce l’arrivée d’un formidable nouveau talent. -JM

CONCOURS

Rami Malek réalise le meilleur travail de sa carrière en tant qu’artiste de performance narcissique et sans vergogne atteint du SIDA dans le portrait douloureusement observé d’Ira Sachs de l’art, de l’amour, du désir et de la mortalité dans la ville de New York des années 1980. Suivant Passages et celui de l’année dernière La journée de Peter Hujarc’est le troisième long métrage consécutif du cinéaste qui explore la vie intérieure complexe des hommes homosexuels, réaffirmant ainsi sa position parmi les chroniqueurs cinématographiques les plus éminents de l’expérience queer. Tom Sturridge, Rebecca Hall, Ebon Moss-Bachrach et le nouveau venu Luther Ford co-vedette dans cette élégie attachée à la vie avec défi. -DR

CONCOURS

Cette épopée française captivante et difficile à catégoriser parle d’un collaborateur nazi – un auteur et ingénieur travaillant pour le régime fasciste de Vichy, joué par Anatomie d’une chuteIl s’agit de Swann Arlaud, qui se trouve être l’arrière-grand-père du scénariste-réalisateur du film, Emmanuel Marre. Fraîche et spontanée, c’est une pièce d’époque qui semble tout à fait contemporaine, comme si quelqu’un revenait en 1940 avec un iPhone et battait un disque. Les chroniques de l’obéissance à l’extrême droite et de la décadence morale ne sont pas plus cinglantes que cela. -JM

CONCOURS

Andreï Zviaguintsev (Le retour, Sans amour) revient avec son premier film entièrement réalisé hors de Russie, un remake libre du film de Claude Chabrol La femme infidèle. Cette œuvre rigoureusement bien réalisée, accrocheuse comme un calmar vivant et imprégnée d’angoisse est à la fois un thriller policier magistral et le commentaire le plus ouvertement critique du cinéaste sur le malaise politique, spirituel et moral actuel de la mère patrie – une dénonciation jamais formulée avec autant de mots mais exprimée avec des niveaux complexes d’ironie. -LF

CONCOURS

James Gray suit Heure d’Armageddon avec un retour semi-fictionnalisé sur sa vie de famille au milieu des années 1980 dans le Queens, à New York, racontant cette fois un contact terrifiant avec la mafia russe. C’est un thriller policier captivant, un drame domestique d’une puissance presque écrasante et un récit perçant du rêve américain en lambeaux, avec Adam Driver, Scarlett Johansson et Miles Teller sous une forme flamboyante. Même si les antécédents évidents pourraient être Coppola, Lumet, Scorsese ou Mann, je n’arrêtais pas de penser en regardant les premiers films policiers d’Akira Kurosawa. -DR

PROJECTIONS SPÉCIALES

L’actrice iranienne devenue réalisatrice Pegah Ahangarani utilise des images d’archives et des films personnels pour créer un récit autobiographique puissant sur les troubles politiques qui ont secoué son pays de 1979 à aujourd’hui. Il s’agit d’un récit édifiant captivant à la première personne sur le fait de s’exprimer dans un endroit où la rébellion peut vous coûter la vie, et un portrait désespéré d’une famille qui a perdu plusieurs êtres chers à cause d’un régime qu’elle avait initialement soutenu pour découvrir ses affinités trahies par le despotisme. -JM

UN CERTAIN REGARD

Hannah Einbinder, drôle et poivrée, incarne une cinéaste montante dans un voyage sanglant de découverte de soi impliquant une actrice pour la plupart oubliée (Gillian Anderson, s’amusant) dans le dernier de Jane Schoenbrun (J’ai vu la télé briller). Utilisant un film slasher fictif d’antan comme portail vers une conversation sur soi et son désir, c’est un truc entêtant et étrange, parfois frustrant mais captivant à la fois par sa confusion et son honnêteté. -RL

Quinzaine des réalisateurs

Situé dans les forêts et les champs luxuriants du nord-est de la France, ce premier long métrage passionnant et décalé de Sarah Arnold dépeint une guerre de factions sanglante entre chasseurs et agriculteurs, nantis et démunis, avec un gendarme déprimé, hors de l’eau, pris au milieu. Trouvant de nouvelles façons intelligentes de raconter une histoire familière de flics véreux et de corruption dans les petites villes, le film rappelle à la fois les thrillers pince-sans-rire des frères Coen et les films policiers pessimistes des années 70 du réalisateur français Alain Corneau. -JM

CONCOURS

Un casse-tête envoûtant d’échanges de corps mené par une performance typiquement intrépide de Léa Seydoux, ce troisième long métrage oscarisé Anatomie d’une chute le co-scénariste Arthur Harari fusionne l’horreur existentielle avec le drame naturaliste. Il y a ici une parenté superficielle avec des films comme Ça suit et surtout Sous la peaudans lequel la rémanence post-coïtale se dégrade rapidement. Mais il s’agit d’une panique sui generis, aussi fascinante et troublante qu’insaisissable. J’ai hâte de le revoir et de continuer à percer ses mystères. -DR

Une version de cette histoire est parue dans le numéro du 20 mai du magazine The Hollywood Reporter. Cliquez ici pour vous abonner.

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