Peu de cinéastes sont mieux placés qu’Alexandre Trudeau pour parler d’artistes abordant des questions politiques après la réaction anti-politique du Festival du film de Berlin, puisque son père, Pierre Elliot Trudeau, et son frère Justin Trudeau ont tous deux été premiers ministres canadiens.
« Venant que ma famille est issue de la politique, la politique est partout. Il y a toujours de la politique. Elle est dans tout », a déclaré Trudeau. Le journaliste hollywoodien avant son dernier film, le thriller de survie Poils de l’ours qu’il a co-réalisé avec James McLellan et met en vedette Le Club des Baby-Sitters l’actrice Malia Baker et Roy Dupuis.
Au début de sa carrière de cinéaste en tant que documentariste, Trudeau a parcouru des lieux politiques chauds, notamment Bagdad en 2003, où il a tourné Intégré en Irak pendant l’invasion menée par les États-Unis. Un an plus tard, il réalise La clôtureun film sur deux familles des deux côtés du conflit israélo-palestinien en Cisjordanie.
Il a également réalisé un documentaire sur les troubles civils au Libéria et en Sierra Leone et un autre qui fait la chronique de la crise humanitaire au Soudan. « En fin de compte, j’ai un humanisme très radical et, plus jeune, j’ai toujours pensé que faire ces films aiderait à guérir le monde. C’était ambitieux et c’est une idée folle maintenant en tant qu’homme plus sage et plus âgé », a insisté Trudeau en repensant à son jeune idéalisme artistique.
Pendant qu’il réalisait des documentaires, McLellan enseignait au secondaire à Winnipeg, où l’anxiété qu’il constatait chez ses jeunes élèves en classe l’inspirait Poils de l’ours comme premier long métrage scénarisé de Trudeau. L’histoire du passage à l’âge adulte est centrée sur Baker jouant Tori, une une jeune fille anxieuse de 16 ans dans une bataille du chat et de la souris avec des méchants dans la nature gelée du Canada.
« Ce n’est pas parce que c’est scénarisé qu’il n’y a pas de politique là-dedans », dit Trudeau à propos de son virage vers la fiction. « Cela signifie peut-être qu’il se cache. C’est pourquoi j’aime les scénarios. C’est un film sur notre pays, dans un sens politique. C’est ce plus jeune, plus petit, plus faible qui réalise parfois qu’il faut se battre. Il faut se battre. »
Pour Tori, se battre signifie survivre aux hivers extrêmes du Canada et aux rudes dangers de la nature sauvage. « C’est un pays qui peut vous tuer. Mon petit frère le sait », dit Trudeau en évoquant Michel Trudeau, 23 ans, le plus jeune membre de sa célèbre famille politique. En 1998, alors qu’il skiait dans les forêts de la Colombie-Britannique, il a été tragiquement emporté dans les eaux glacées du lac Kokanee par une avalanche et s’est noyé. Son corps n’a jamais été retrouvé.
« C’est un dispositif dramatique dans le sens où dans ce pays, en hiver et dans les forêts, ne rien faire peut vous tuer. Vous devez, d’une certaine manière, vous battre pour votre vie », a-t-il ajouté.
Dans le film, le grand-père de Tori lui dit, après qu’elle se soit mutilée et ait refusé d’aller à l’école : « Qui peut dire quels moments feront de toi celui que tu deviendras ? Elle est envoyée sur son câble distant pour apprendre les techniques de chasse et de survie le long d’un lac gelé près de la frontière américaine. En cas de crise, Tori met à profit ses compétences vitales, se transformant d’une jeune femme effrayée et menacée en une féroce guerrière. Ici, les dangers cachés des vastes paysages naturels du Canada — y compris le froid hivernal, la neige et la glace du pays — permettent à Trudeau de souligner à quel point le fait d’embrasser le plein air peut apporter un renouveau personnel à Tori. Poils de l’ourset pour les jeunes du monde entier aux prises avec les exigences de la vie moderne.
« C’est là que vit l’âme canadienne. C’est là que chaque adolescent en difficulté devrait trouver un moyen de communiquer avec la nature, pour découvrir que nous sommes des survivants en tant qu’humains », affirme-t-il. L’odyssée de survie de Tori appartient également au Canada en tant que pays désormais en difficulté au milieu de la guerre tarifaire du président américain Donald Trump et des railleries du 51e État.
« C’est l’un de nos moments, oui. D’une autre manière, les signes ont toujours été là. Nous avons tendance à penser qu’une seule personne est le problème. Non, il y a ici un problème structurel et profond, et une personne n’en est pas la cause, juste un symptôme », affirme Trudeau.
« Et quand cette personne s’en va, le problème ne sera pas résolu. Je vois cela avec une perspective plus large, que nous luttons pour la démocratie libérale. Le monde est, ce pays en particulier, parce que j’ai vraiment le sentiment que nous sommes le dernier homme debout dans ce jeu, et si nous tombons, alors il ne restera plus rien », ajoute-t-il.
Poil de l’ours, qui a été tourné dans le nord-est du Manitoba, sur les rives gelées de la rivière Winnipeg, sortira dans les salles canadiennes à partir du 5 mars.
