Le réalisateur Mahamat-Saleh Haroun est connu pour ses drames percutants et évocateurs se déroulant dans son Tchad natal, un pays plongé dans un conflit sectaire depuis des décennies. Des films comme Saison sèche, Un homme qui crie (qui a remporté le Prix du Jury de Cannes en 2011) et Grigris a suivi des hommes dans divers états de troubles, en proie à la violence et à d’autres difficultés dans le désert subsaharien. Avec son documentaire sans faille sur les crimes humanitaires commis par le dictateur tchadien Hissen Habré, les films de Haroun forment une œuvre sans concession, certes sombre, mais aussi assez lumineuse.

Son long métrage précédent, Lingui, Les liens sacrésa marqué un changement de direction pour l’auteur, qui s’est concentré pour la première fois sur des personnages féminins et a offert une ambiance plus pleine d’espoir qu’auparavant. Il poursuit cette séquence avec Soumsoum, la Nuit des étoiles (Soumsoum, la nuit des astres), une fable moderne sur l’adolescence et la résilience qui se joue parfois comme un film d’horreur classique pour adolescents – sans les frayeurs mais avec des rebondissements et des motifs similaires.

Soumsoum, la Nuit des étoiles

L’essentiel

Langageux, effrayant et superbement filmé.

Lieu: Festival du Film de Berlin (Compétition)
Casting: Maïmouna Maiwama, Ériq Ebouaney, Achouackh Abakar Souleymane, Brigitte Tchanégué, Sambo Saleh Adam, Christ Assidjim Mbaihornom
Directeur: Mahamat-Saleh Haroun
Scénaristes : Mahamat-Saleh Haroun, Laurent Gaudé

1 heure 41 minutes

Non pas que cette première en compétition berlinoise fasse bondir les spectateurs de leur siège. Le style austère et le rythme langoureux de Haroun sont strictement réservés à l’art et essai. Mais il y a des moments mémorables dans cette histoire riche et étrange du désert, dont beaucoup se déroulent sur le magnifique plateau de l’Ennedi, au nord-est du Tchad, où une grande partie du film a été tournée.

En effet, les paysages incroyables de Soumsoum sont presque des personnages à part entière, ressemblant à un croisement entre la Monument Valley des westerns hollywoodiens et la planète Arrakis de Dune. Ils offrent le cadre idéal pour les événements surnaturels du film fantastique de Haroun, qui combine une histoire d’angoisse adolescente avec des crises de sorcellerie, de sang et d’autres choses bizarres.

Écrit avec le romancier français Laurent Gaudé (Chien 51), l’histoire suit Kellou (Maïmouna Maiwama), lycéen de 17 ans, qui vit dans un village récemment détruit par des inondations (entendu via des effets sonores au générique d’ouverture). Rebelle et irritable, Kellou partage une petite maison avec son père (Ériq Ebouaney) et sa belle-mère (Brigitte Tchanégué), mais passe le plus de temps possible à gambader avec son petit ami (Christ Assidjim Mbaihornom) dans les canyons voisins.

En d’autres termes, Kellou est une adolescente moyenne. Sauf qu’elle a parfois des visions de mort, de zombies et d’autres choses horribles qui peuvent être soit des flashbacks du passé, soit des prophéties du futur. « Je ne pense pas que je sois normale », dit-elle à son père, qui l’écoute à peine. Mais lorsque Kellou rencontre une mystérieuse femme nommée Aya (Achouackh Abakar Souleymane), boudée par les autres villageois, les choses commencent à prendre un sens. Pas beaucoup de sens, mais suffisamment pour marquer un changement radical dans la vie de la jeune fille, lui permettant de faire face à un passé qui l’alourdit depuis quelques temps.

On ne sait pas si Haroun est fan de films comme Carrie ou L’Exorcistequi me viennent tous deux à l’esprit en regardant Soumsoum. Quelle que soit son inspiration, le réalisateur recherche ici quelque chose d’un peu différent, en utilisant des éléments du genre de l’horreur, ainsi que du folklore africain, pour explorer le traumatisme de Kellou (on apprend qu’elle est «née dans le sang», ce qui signifie que sa mère est décédée en couches) ainsi que celui de son père, un immigré exclu avec une sombre histoire qui lui est propre.

Ces points de l’intrigue apparaissent dans un récit par ailleurs tiède qui ne vous prend pas vraiment à la gorge, même si certaines des visions de Kellou sont légèrement effrayantes. Ils sont également visuellement imposants, surtout lorsque le réalisateur et directeur de la photographie régulier Mathieu Giombini se dirige vers le désert pour cadrer l’adolescent contre d’énormes formations rocheuses qui ressemblent à des géants d’une autre planète – y compris une séquence dans laquelle Haroun utilise CGI pour donner vie au paysage. Il y a toujours eu un côté surréaliste dans le travail de l’auteur, mais il le poursuit davantage dans Soumsoum que jamais.

Cela n’en fait pas nécessairement un film facile à regarder, surtout lorsque la tension narrative est freinée par un rythme léthargique et des performances qui nous tiennent émotionnellement à distance. La nouvelle venue Maiwama est néanmoins convaincante en tant que fille essayant de donner un sens à ce qui se passe autour d’elle et dans son esprit pervers, transformant le statut de paria de Kellou en une arme qui pourrait finalement la sauver.

Si Haroun parvient à trouver un antidote plutôt indolore à la folle situation de son héroïne, subvertissant la finale sanglante habituelle du genre pour quelque chose de plus simple, il en trouve au moins un significatif. Son dernier film peut sembler un détour par rapport à son travail précédent, mais c’est encore une autre histoire racontée dans un pays hanté par la mort.

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