Grandir dans une ferme en difficulté au milieu de la France rurale n’est pas une tâche facile. Mais imaginez grandir là-bas avec une attelle dorsale de style Edward Scissorhands attachée à votre corps à tout moment, vous faisant vous promener en ville comme un monstre de métal pré-adolescent.

Tel est le triste sort de Christophe, 11 ans, jeune héros décousu du premier long métrage émouvant de l’animateur Louis Clichy, Garçon de fer (Le Corset), présenté en avant-première dans l’encadré Un Certain Regard de Cannes et qui vient d’être repris par Sony Pictures Classics.

Garçon de fer

L’essentiel

Lyrique et authentique.

Lieu: Festival de Cannes (Un Certain Regard)
Casting: Gary Clichy, Rod Paradot, Dimitri Colas, Aurélie Vassort, Brune Moulin
Directeur: Louis Clichy
Scénaristes : Louis Clichy, Franck Salomé

1 heure 29 minutes

Ce qui distingue ce passage à l’âge adulte dessiné à la main des autres entrées du genre est l’attention portée aux détails par Clichy, en particulier la façon dont il dépeint la vie rurale accidentée dans les années 1980, à une époque où l’agriculture française se consolidait et où les fermes familiales étaient menacées d’extinction. Le réalisateur, qui a déjà travaillé sur les succès Pixar Mur-E et En hautoppose un réalisme rustique et des envolées poétiques chaque fois que Christophe parvient à échapper à son monde et à trouver sa propre voix, ajoutant du lyrisme à une existence par ailleurs dure.

La vie semble déjà assez dure pour le garçon, qui vit avec son père (Dimitri Colas), sa maman (Aurélie Vassort) et son frère aîné plutôt brutal (Rod Paradot) dans une ferme qui n’arrive plus à joindre les deux bouts au jour le jour. La situation devient soudainement beaucoup plus difficile lorsque Christophe commence à perdre l’équilibre, ce qui entraîne une série d’examens médicaux qui déterminent qu’il doit porter une attelle pour corriger une sorte de problème de la colonne vertébrale.

Iron Boy est ainsi né, et il n’en est définitivement pas content. Contraint de se promener, et même de dormir, dans une camisole de force en acier, le cou relevé en permanence, Christophe, autrefois insouciant, commence à se fermer à la fois à ses camarades de classe et à sa famille. Tout semble perdu pendant un moment jusqu’à ce qu’il croise la route de Michel (Alexandre Astier), un joueur d’orgue de son église locale, qui décide de prendre le garçon comme tourneur de pages, pour finalement lui apprendre à jouer lui-même.

Les meilleures scènes du film mettent en scène Christophe émergeant de sa coque métallique et pénétrant dans les royaumes plus élevés de la musique classique – en l’occurrence les mélodies déchirantes du film de Gabriel Fauré. Requiem (également utilisé de manière mémorable par Terence Malick pour marquer La fine ligne rouge), qu’il écoute sur un Walkman tout en faisant du vélo entre la maison et l’église. Encadrant le petit corps raide de Christophe contre les champs verts environnants ou les bâtiments de sa terne enclave provinciale, Clichy capture avec puissance ces moments eurêka que vous vivez lorsque votre monde est soudainement ouvert par la beauté et que vous réalisez que vous n’êtes pas seul.

La vie de Christophe change également lorsqu’il rencontre Clara (Brune Moulin), une fille rebelle de son cours de natation obligatoire qui finit par prendre goût à lui. En tant que hors-la-loi d’une petite ville, ils forment un lien qui implique, entre autres, le vol à l’étalage dans les commerces locaux et l’utilisation du corset dorsal de Christophe comme couverture chaque fois que le détecteur de métaux se déclenche. Comme Michel, Clara pousse son ami à voir au-delà des horizons limités de son existence, l’aidant à survivre à une année difficile qu’il passe littéralement en esclavage.

Malgré les nombreux efforts de Christophe pour échapper à ses origines, Clichy ne décrit jamais son foyer comme un endroit horrible, mais plutôt comme un foyer aimant déchiré par les soucis financiers et l’alcoolisme. Les problèmes de dos de leur plus jeune fils sont en effet le moindre des problèmes de la famille, surtout lorsqu’un accord conclu avec un agriculteur voisin plus entreprenant finit par faire faillite.

Cela conduit à une finale qui peut quelque peu mettre à rude épreuve la crédulité, même si elle apporte un niveau d’émotion qui semble mérité plutôt que fabriqué. Poursuivant une tradition très française (mais aussi belge et suisse) du film d’animation d’art et d’essai — Persopolis, Ma vie de courgette, J’ai perdu mon corpsetc. — qui mélangent réalisme et fantastique, autobiographie et imagination, Garçon de fer offre une représentation honnête et gracieuse de l’enfance dans un foyer de la classe ouvrière, où rien ne vous est jamais remis sauf la volonté d’être libre.

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