Concurrent à la Berlinale Poussière déroule une parabole didactique, écrite par Angelo Tijssens (Fermer), qui tourne autour de deux partenaires commerciaux flamands apparemment respectables mais paniqués en privé, Geert (Arieh Worthalter) et Luc (Jan Hammenecker). Les deux hommes sont confrontés à des choix difficiles lorsqu’ils apprennent que la start-up qu’ils ont créée est sur le point d’être révélée par la police comme une arnaque construite avec le capital escroqué d’amis, de famille et de petits investisseurs.
Situé à la fin du 20e siècle, au milieu de ce qui semblait être un boom technologique imparable, le long métrage d’Anke Blondé fera ses débuts Le meilleur de Dorien B. Cela semble inconfortablement pertinent aujourd’hui alors que le boom de l’IA dynamise les marchés boursiers du monde entier. Poussière expose glacialement comment le caractère peut s’évaporer dans le creuset de la cupidité, mais le rythme effréné donne à cet exercice éthique un sentiment atténué et plat au moment où le point culminant arrive. Au moins, la conception nuancée des intérieurs de Stijn Verhoeven et Ewa Mroczkowska, comprenant des maisons bourgeoises pleines de bibelots kitsch, des bureaux anonymes et des villas austères et glaciales, raconte leur propre histoire sur la culture matérielle de l’époque.
Poussière
L’essentiel
Ultra pertinent, mais un peu fastidieux.
Lieu: Festival du Film de Berlin (Compétition)
Casting: Arieh Worthalter, Jan Hammenecker, Thibaud Dooms, Anthony Welsh, Janne Desmet, Aldona Jankowska
Directeur: Anke Blondé
Scénariste : Angelo Tijssens
1 heure 55 minutes
Commencé par une épigraphe concise du satiriste néerlandais Multatuli – « Rien n’est entièrement vrai et même pas ça » – Poussière offre aux téléspectateurs l’occasion de se vautrer dans le style de vie tranquille de la jet-set dont jouissent Geert et Luc, fiers comme des paons avant leur chute en disgrâce. Ils se sont rencontrés pour la première fois lors d’une conférence internationale présentant leur produit en anglais devant un public applaudissant, mais une fois hors de la scène, Luc vomit dans les toilettes d’un dirigeant. Debout devant l’urinoir, le journaliste financier britannique Aaron (Anthony Welsh) se réjouit que son histoire sur leur corruption, leurs sociétés « fantômes » et leurs comptes offshore soit bientôt publiée.
De retour à leur siège, un chantier de construction à moitié terminé où les chaises de bureau sophistiquées sont encore emballées dans du plastique dans les salles de réunion utilisables, les hommes apprennent que le conseil d’administration, dirigé par Yvette aux cheveux casqués (Aldona Jankoswka), a voté pour les évincer. Les deux hommes seront arrêtés dans moins d’une journée, mais ils disposent d’un peu de temps pour mettre de l’ordre dans leurs affaires. Ils doivent se présenter le lendemain à 9 heures pour faire face aux conséquences. Alors qu’ils rassemblent des dossiers et rassemblent des effets personnels, on peut entendre un étrange bruit industriel rythmé mêlé au lit musical menaçant du compositeur Andrea Balency-Béarn. Ce n’est que plus tard que nous apprenons qu’il s’agit du bruit d’une déchiqueteuse de papier qui hache régulièrement des documents.
Alors que le compte à rebours jusqu’à 9 heures du matin est commencé, Luc et Geert se retirent dans leurs maisons respectives pour mettre de l’ordre dans leurs affaires ou réfléchir à leurs options. Luc s’arrête en chemin pour passer quelques instants avec son père hospitalisé, inapte à cause d’un accident vasculaire cérébral, qui griffonne un mot que Luc ne sait même pas lire. (La récompense vers la fin, lorsque Geert déchiffre l’écriture en forme de poulet, est une touche heureuse, conforme au talent de Tijssens pour raconter les détails.)
À la maison (c’est le décor de tous les bibelots douillets), il devient clair que la femme de Luc, Alma (Fania Sorel), a une idée assez claire des agissements louches de son mari et est plus troublée par ce que penseront les gens, en particulier ceux qui ont investi toutes leurs économies dans l’entreprise. Luc essaie de se racheter au téléphone avec sa fille, dont il est séparé, mais force est de constater qu’il n’a plus le temps pour ça.
De l’autre côté de la ville, Geert envisage sa situation différemment. Homme gay qui semble être en couple avec son chauffeur minet Kenneth (Thibaud Dooms), Geert n’a pas à s’inquiéter d’enfants – même si plus tard nous rencontrons sa sœur (Janne Desmet), peut-être le seul membre de la famille qui lui tient à cœur, qui dirige une boulangerie et sera une autre victime de la chaîne de Ponzi de Geert et Luc.
Alors que Kenneth profite d’un dernier plongeon dans la piscine intérieure, Geert se renseigne sur les vols vers des pays sans traité d’extradition avec la Belgique. Va-t-il ou non courir ? Ou peut-être va-t-il se tourner vers la police contre Luc pour se sauver ? La trahison de Geert traverse également clairement l’esprit de Luc, et lorsque, dans le dernier acte, il se retrouve coincé dans la boue flamande collante après avoir roulé imprudemment dans un champ, il n’est pas évident au premier abord s’il s’enfuit ou s’il se dirige vers sa dernière matinée au bureau.
Bien que Tijssens et Blondé ajoutent des touches humanisantes et des scènes qui adoucissent les aspérités des personnages, certains téléspectateurs peuvent avoir du mal à ne pas penser que le duo central est fondamentalement une paire de frères financiers suffisants et vénaux, des seigneurs de caractère bas. En fin de compte, c’est un peu une corvée d’attendre près de deux heures pour voir quel sort ils seront finalement réservés, et il n’y a pas assez de contexte sociologique proposé pour donner au film une idée d’un contexte plus large. Les téléspectateurs belges et d’autres pays d’Europe du Nord peuvent penser le contraire, mais comme la voiture de Luc, celle-ci s’embourbe dans la boue qu’elle a elle-même construite.
