L’auteur canadien Denis Côté a reçu un nouveau rein d’un ami donneur en août 2023, après qu’une maladie dégénérative ait menacé à la fois sa vie et sa capacité à continuer à faire des films.

« Je ne savais pas si j’allais recevoir une greffe ou une dialyse, ou si j’allais mourir. Je n’avais aucune idée de ce qu’était la vie de l’autre côté ou de ce qui m’attendait », raconte Côté. Le journaliste hollywoodien avant la première mondiale de son 17ème film, La violence de personneau Festival de Locarno. Il a écrit le scénario du drame – sur une jeune femme qui conclut un pacte de mort pour aider des personnes désespérées à mettre fin à leurs jours – au cours de la dernière année de sa maladie, alors que sa fonction rénale était tombée à un niveau critique.

Le résultat est le personnage principal du film, Mira, interprété par Larissa Corriveau : une femme solitaire qui parle peu et qui permet à Côté d’explorer ce que signifie vivre sous une menace de mort tout en gardant l’espoir et la possibilité de changer la vie des autres. Côté a travaillé avec Corriveau sur cinq films antérieurs qu’il a écrit et réalisé, dont un autre titre de Locarno, Mademoiselle Kénopsiaqu’il a tourné en septembre 2022 alors qu’il luttait contre la même maladie rénale évolutive.

La violence de personnequi est vendu à des acheteurs internationaux par Heretic Films, met également en vedette l’acteur français Philippe Rebbot dans le rôle de Ludo et Xavier Bergeron dans le rôle de Pierric, un jeune homme que Mira rencontre au cours de ses voyages.

Côté a déjà présenté sept longs métrages à Locarno et, alors qu’il s’apprête à lancer La violence de personne sur le circuit des festivals, il s’est entretenu avec THR à propos de débuter un drame sur le pacte de mort maintenant que sa santé – et sa capacité à continuer à faire des films – a été rétablie.

Votre film traite de la question controversée de l’aide à mourir. Comment avez-vous abordé le scénario de La violence de personnecompte tenu des questions médicales, éthiques, juridiques et émotionnelles complexes qui entourent le problème ?

Je n’avais pas envie d’aborder ou de traiter un problème. C’est plus personnel et subtil que ça. Le scénario a été écrit au pire moment de mon état de santé. Je ne savais pas si j’allais recevoir une greffe ou une dialyse, ou si j’allais mourir. Je n’avais aucune idée de ce qu’était la vie de l’autre côté ni de ce qui m’attendait. J’étais dans un espace intermédiaire, et je tournais à l’époque un autre film sur ce sujet des espaces liminaires : Mademoiselle Kénopsia. Le film n’est pas un commentaire sur quoi que ce soit de sociologique ou sur le fait que nous avons désormais l’aide médicale à mourir au Canada. [In 2016 Canada has passed into law MAID — Medical Aid in Dying — a legal process that allows someone who is found eligible and has given informed consent to receive assistance from a medical practitioner to end their own life.] Il s’agit d’une femme ange coincée avec un travail improbable et tordu et dans un moment sombre de sa vie. Et elle doit considérer sa propre vie après la mort, personnelle ou professionnelle.

Mira se retrouve face à face avec la mort, mais au début, son aide aux mourants est émotionnellement impassible, en fait. Était-ce délibéré ? Et pourquoi ?

Oui. Rapidement, avec Larissa, on a parlé de son personnage étant un ange exterminateur ou un ange de la mort. Elle continue, froidement, comme le personnage extraterrestre de Scarlet Johannson dans Sous la peau. Elle sait ce qu’elle doit faire mais le film la pousse à devenir de plus en plus humaine. Petit à petit, elle est vraiment affectée par ce travail qui dure depuis peut-être six mois, un an ou plus.

Dans quelle mesure était-il important de montrer, comme vous le faites, deux facettes de la question controversée de l’aide à mourir dans votre film, encore plus dans le Québec catholique ?

Oui, Mira a dû rencontrer de la résistance quelque part. L’animisme est toujours présent dans la vie quotidienne de nombreuses personnes. Dans une scène particulière, le personnage utilise très peu de mots pour exprimer que le suicide assisté est une théorie impossible. Même si cette aide médicale à mourir est globalement assez bien acceptée ici [in Canada]cette résistance aurait pu provenir d’un personnage québécois catholique dévoué.

Le personnage de Pierric – un jeune homme que Mira rencontre au début du film et qui devient une sorte d’intérêt amoureux – dit en gros que nous allons tous mourir, d’abord nous faisons la fête. Ses paroles se révèleront plus tard prophétiques.

L’idée de Pierric était amusante à écrire. Mira l’a rencontré et n’a pas oublié que sa vie pouvait être faite d’une meilleure communion avec les gens et avec le monde. Pierric représente l’idée de deux choses qui manquent dans sa vie : l’amour et le sexe. Mais à travers les improbabilités, le caractère ludique et la méchanceté du scénario, j’ai fait en sorte qu’ils se retrouvent.

Mira, malgré toute sa timidité, répond aux avances sexuelles agressives de Pierric. Cherche-t-elle une sorte de libération ?

C’est la première étape, c’est sûr. Elle est réprimée à cause de la nature de son travail, à cause d’un éventuel passé sombre que nous ignorons. Mais il ne lui en faut pas beaucoup pour revenir parmi les vivants.

Le groupe mystérieux auquel appartient Mira s’apparente à une secte, dirigé par un louche Ludo, un personnage de faucheuse. Qu’est-ce qui a inspiré l’apparence de ce personnage et de son organisation ?

Ils ressemblent tous à une secte, liée d’une manière ou d’une autre au gouvernement, composée d’hédonistes et de bohèmes. Je ne sais pas vraiment qui ils sont. Je les ai créés comme une force contre Mira, comme un groupe dont on ne veut pas faire partie. Je les imaginais libertaires, peut-être des théoriciens du complot, si on les laissait parler assez longtemps. La rencontre avec Pierric crée un choc interne pour Mira. Il est la vie, ils font la fête autour de la mort. Pour changer de vie, il lui faudra à un moment donné détruire quelque chose, anéantir quelque chose. C’est comme ça que je le vois. Cela ne veut pas dire que c’est ainsi que le spectateur réagit à tout ce désordre.

Finalement, les vies de Mira et de Ludo entrent en collision. La caméra montre leur confrontation à distance. Pourquoi?

Il y a un petit jeu du chat et de la souris que j’aime dans la dernière partie du film. Nous avons filmé la confrontation dans les bois à distance et également en point de vue très intime. Lors du montage, nous n’avons pas eu envie de suréditer cette rencontre. L’émotion était plus directe avec ce choix plus froid et plus lointain.

Très souvent dans votre film, la caméra fait un panoramique au moment où quelqu’un meurt. Pourquoi montrer la mort à distance, ou pas du tout ?

On ne voit pas de morts explicites à l’écran parce que ce film a été créé avec un fort désir de vie, de Mira, d’avenir.

Étant donné que la France vient d’adopter une loi pour aider les adultes en phase terminale qui répondent à des critères stricts pour mourir, et que l’Italie a des lois régionales autorisant l’aide médicale à mourir, comment espérez-vous que votre film soit reçu à Locarno ?

Si les gens veulent vraiment parler de cette question, je parlerai simplement de notre expérience au Québec : nous sommes le pays où l’aide médicale à mourir est la plus importante au monde. Nous avons clos ce débat et d’autres pays le mènent désormais également. Je suis heureux.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous consacrez vos 17ème film à ta mère?

Oui, elle est décédée des complications rapides de la maladie d’Alzheimer il y a un an. Le scénario n’a pas été écrit à sa pire période, mais en y repensant maintenant, je me demande si elle aurait été d’accord avec MAID. Une personne sans capacités mentales à 100 pour cent ne peut pas demander ce service. J’ai senti que je devais lui dédier le film, même s’il est fait de souvenirs, de fragments et de traces de ma propre dégénérescence due à une maladie rénale.

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