Quand on voit les noms de deux scénaristes-réalisateurs aussi accomplis que Rebecca Zlotowski et Robin Campillo, à qui l’on attribue l’idée originale d’un film aussi moribond que celui de Pierre Salvadori Le baiser électrique (La Vénus électrique), il est inévitable de se demander si le matériau aurait pu fonctionner entre d’autres mains. D’après ce qui est à l’écran, cela semble peu probable. Une comédie dramatique romantique d’époque française sur un jeune peintre veuf et un médium charlatan prétendant canaliser sa défunte épouse. Il s’agit d’un divertissement fade et intermédiaire strictement destiné à la consommation domestique, un choix décevant pour ouvrir Cannes.
Salvadori était pour la dernière fois sur la Croisette en 2018 avec une romance policière bien plus désinvolte Le problème avec toiune des nombreuses raisons de regretter la décision de la talentueuse comédienne Adèle Haenel de quitter le cinéma. Cette entrée de la Quinzaine des Réalisateurs était légèrement surchargée de complications farfelues, mais se contentait de l’humour loufoque du scénario, de sa douceur sous-jacente et de la touche agréablement légère du réalisateur. C’est une montre pétillante qui descend facilement.
Le baiser électrique
L’essentiel
La muse reste morte.
Lieu: Festival de Cannes (Hors Compétition)
Casting: Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vimala Pons, Gustave Kervern, Madeleine Baudot
Directeur: Pierre Salvadori
Scénaristes: Benjamin Charbit, Benoît Graffin, Pierre Salvadori
2 heures 2 minutes
Travaillant avec les mêmes coscénaristes, Benjamin Charbit et Benoît Graffin, Salvadori peine à donner vie à Le baiser électriqueun film dont l’air de fantaisie tendue tombe à plat. Cet aspect est alimenté par le décor principal d’un carnaval à Saint-Ouen-sur-Seine, dans la banlieue parisienne en 1928, rempli d’actes bizarres vendant de faux spectacles. Et même si ce n’est pas la faute de la charmante actrice principale Anaïs Demoustier, sa qualité de lutin d’Audrey Tautou contribue à un malheureux Amélie une contiguïté qui ne rend pas service au nouveau film.
Demoustier incarne Suzanne, une attraction exotique qui risque l’électrocution plusieurs fois par jour pour faire jaillir des étincelles lorsque des bécoteurs volontaires du public se plissent. Elle est sous-payée et exploitée par Titus (Gustave Kervern), le plouc bourru qui dirige « La Vénus électrifiée », qui a conclu un accord pour retirer Suzanne des mains de son père quand elle avait 15 ans.
Préférant sa propre compagnie à celle des autres forains, dont son amie idiote Camille (Madeleine Baudot), elle écoute les séances frauduleuses du médium voisin en fumant sous la caravane. Un soir, elle fouine là-dedans, lorgnant une bouteille de laudanum comme si c’était l’arme de Tchekhov, quand Antoine (Pio Marmaï), client de nuit, fait irruption, désespéré de contacter sa défunte épouse, Irène. Il refuse d’accepter un non comme réponse et Suzanne ne peut pas dire non à l’argent, alors elle se fait passer pour « Madame Claudia », improvisant de manière suffisamment convaincante pour qu’Antoine réserve une séance privée le lendemain chez lui.
Depuis la mort d’Irène, Antoine, misérable et alcoolisé, se promène dans leur villa parisienne nichée dans un jardin arboré, avec un atelier d’art qui prend la poussière. Avec un tour de passe-passe et une paire de lentilles laiteuses opaques, Suzanne réussit à nouveau à convoquer la femme décédée de l’homme, à tel point qu’il est inspiré à reprendre la peinture pour la première fois depuis son décès.
Lorsque le marchand d’art d’Antoine, Armand (Gilles Lellouche), se rend compte de la supercherie de Suzanne, il la chasse, menaçant d’appeler la police si elle revient. Mais il reconsidère rapidement et conclut un accord pour partager les bénéfices si elle parvient à maintenir la ruse et à occuper Antoine au chevalet. Armand fournit des informations générales pour contribuer à renforcer l’illusion.
Suite à la découverte par Suzanne du journal d’Irène, le récit prend une tournure bifurquée en retraçant les premières étapes de la relation entre Irène (Vimala Pons) et Antoine quelques années plus tôt.
Travaillant comme modèle pour les artistes tout en cherchant comment échapper à la pauvreté de son éducation, Irène est une pragmatique sûre d’elle-même. Elle voit un tremplin possible vers la sécurité financière lorsqu’elle repère le talent inconnu d’Antoine et convainc Armand de le représenter. Mais des complications s’ensuivent alors qu’un triangle romantique se forme, qui se reflète dans les deux chronologies, et Suzanne commence à éprouver de véritables sentiments pour Antoine, un innocent ravagé par une culpabilité déplacée à cause de la mort de sa femme.
Le problème est que les intrigues jumelles ne tiennent pas ensemble structurellement. Alors que l’idylle, la tromperie, les découvertes surprises, les tentatives de suicide (véritables ou simulées) et la comédie burlesque devraient prendre de l’ampleur, tout cela devient une fastidieuse confusion.
Le film se déroule dans un espace entre fantaisie ludique – un aspect alimenté à la fois par le décor coloré du carnaval des années 1920 et le jardin enchanté autour de la maison d’Antoine – et réalité dramatique. Mais il n’occupe aucune des deux dimensions avec suffisamment d’imagination pour créer beaucoup d’intrigues ou engendrer beaucoup d’affection pour les personnages. Les acteurs sont tous assez sympathiques, notamment la gamine Demoustier, mais ils sont coincés avec un matériel mou, plus tweet que captivant.
