Au cinéma, la vie d’un assassin est souvent solitaire. Les exigences du métier de tueur suffisent à occuper le temps d’un homme. Moins il y a de monde autour de lui, moins il y a de risques d’erreur ou de tragédie. Et puis il y a les questions philosophiques : comment peut-on participer à la vie quand notre occupation est la mort ? Un tueur peut-il donner la vie et la nourrir correctement ? Ces questions hantent également nos anciens combattants, qui rentrent chez eux auprès de leurs familles après avoir tué à l’étranger. S’installer devient un nouveau combat, surtout lorsque l’argent est faible et que les possibilités d’emploi diminuent. Alors que le monde devient plus violent et moins hospitalier, le business du meurtre perdure.
C’est la situation dans laquelle se trouve Latif (Mahershala Ali) après un passage dans les Marines. Il continue de tuer aux États-Unis, employé par le riche et corrompu Mike (Laith Nakli). L’emploi illégal de Latif l’éloigne de son frère de banlieue, Talib (Tramell Tillman), et de son beau-père désapprobateur Abdul Malik (Giancarlo Esposito).
Ta mère Ta mère Ta mère
L’essentiel
Digne du vaste talent de sa star.
Lieu: Festival international du film de Toronto (présentations spéciales)
Date de sortie : Vendredi 25 septembre
Casting: Mahershala Ali, Giancarlo Esposito, John Cho, Tramell Tillman, Abubakr Ali, Laith Nakli, Tiffany Boone, Adia, Jahleel Kamara, John Henry Ward, Shakirah DeMesier
Réalisateur/Scénariste : Bassam Tariq
1 heure 42 minutes
Latif est un homme fort, calme et mortel avec un couteau, mais c’est aussi un père. Lorsque sa femme Khadijah (Shakirah DeMesier) décède subitement, le laissant seul parent de ses trois enfants, son travail et sa vie de famille entrent en collision. Bientôt, il doit répondre à Fatiha (Adia), sa fille adolescente réfléchie et intelligente, qui le défie avec des questions auxquelles il ne veut pas répondre. Son fils pieux Qadir (Jahleel Kamara) – toujours plein de l’énergie et de l’optimisme de l’enfance – oblige Latif à affronter sa foi perdue. Ensuite, il y a Aziza, un bébé allaité privé de la nourriture et du confort de sa mère.
Latif doit changer rapidement ses priorités. Du coup, la vie devient pour lui une recherche constante de lait maternel pour nourrir sa fille. Fatiha essaie de donner du lait maternisé à sa sœur, mais le bébé ne parvient pas à le digérer. Sa faim constante est une manifestation vivante de l’incapacité de Latif à prendre la place de sa femme. Plus à l’aise dans le rôle de pourvoyeur, Latif doit apprendre à exploiter son côté bienveillant. Le scénariste et réalisateur Bassam Tyriq nous livre un personnage rarement vu sur les écrans américains : un homme noir musulman représenté avec tendresse, avec sa famille et sa foi comme point d’ancrage.
Ta mère Ta mère Ta mère est un film policier au grand cœur battant, racontant l’histoire douloureusement humaine d’un père pleurant la mort de sa femme tout en tuant pour protéger et subvenir aux besoins de ses trois enfants. Alors que l’assassin discret d’Ali traverse Houston avec son couteau, un monde criminel se dévoile autour de lui. Il se fait un ennemi dangereux en la personne du pasteur Kwan (John Cho), un autre vétéran en difficulté qui prétend être un homme de foi. Mais tandis que Latif tue pour survivre, le seul intérêt de Kwan est le pouvoir. La famille, la religion et la violence se heurtent pour créer un portrait sanglant de l’Amérique, un empire mourant envahi par des escrocs se faisant passer pour des hommes de Dieu.
Cho passe le moment de sa vie à jouer à contre-courant dans le rôle de Kwan, instable et étrangement familier. C’est un méchant typiquement américain, obsédé par les armes à feu, contrôlant les femmes et alimentant les flammes d’une guerre culturelle fabriquée. Avec une bouche pleine de dents en or et un chapeau de cowboy, Cho contrôle pleinement l’écran. Chaque fois que lui et Ali partagent une scène ensemble, vous ne voulez jamais que cela se termine.
Ali incarne parfaitement le rôle de Latif, un homme imposant, peu bavard, rayonnant à la fois de chaleur et de force. Au cours de la décennie qui a suivi Clair de luneAli a été un grand acteur à la recherche d’un rôle au cinéma digne de ses talents. Il a élevé Livre vert autant qu’il le pouvait, mais le film autour de lui était toujours insuffisant. Pendant un certain temps, le public attendait avec impatience son rôle principal dans un Lame film qui n’a jamais eu lieu. Heureusement, Tyriq a finalement confié à Ali un rôle principal adapté à un acteur oscarisé de sa stature. C’est un rôle si parfait pour lui et pour l’époque dans laquelle nous vivons. Alors que l’islamophobie sévit dans le monde entier, justifiée par des gouvernements et des institutions racistes qui dénaturent la religion et ses adeptes, il est rafraîchissant de regarder un film qui ne fait pas le trafic de cette propagande.
Mais Ta mère Ta mère Ta mère est plus qu’un portrait affectueux de l’Islam : Tyriq a conçu un film qui explore la possibilité d’une forme de masculinité qui permette toute la gamme des émotions humaines. À la fin du film, Latif n’a pas seulement appris à devenir un meilleur père. Il est devenu un homme meilleur sous nos yeux.
