Arrivant à une époque où la responsabilité semble être une denrée de plus en plus rare, La femme au foyerdont la première mondiale a eu lieu lors de la soirée d’ouverture du Festival international du film de Toronto, partage beaucoup de choses avec l’entrée au festival de l’année dernière, Nurembergavec ses thèmes de complicité et d’épineuse quête de justice.

Se déroulant à New York vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le premier long métrage du cinéaste canadien Ben Shirinian, avec un scénario captivant d’Alyssa Hill, suit un New York Times enquête d’un journaliste sur un criminel de guerre soupçonné de mener une « vie simple » dans le Queens.

La femme au foyer

L’essentiel

Watts en vaut la peine.

Lieu: Festival international du film de Toronto (présentations spéciales)
Casting: Naomi Watts, Tye Sheridan, Michael Imperioli, Luke Evans, Lena Olin, Debi Mazar
Directeur: Ben Chirinian
Scénariste : Alyssa Colline

Noté N/A, 1 heure 42 minutes

Agissant sur l’exemple du célèbre chasseur de nazis Simon Wiesenthal, le journaliste Joseph Lelyveld (Tye Sheridan) se présente dans la maison immaculée de Russell Ryan (Luke Evans), où il est accueilli chaleureusement par son épouse autrichienne, Hermine (Naomi Watts, dont la performance est aussi savamment mesurée que sa garde-robe). Après avoir réussi son entretien de citoyenneté américaine avec l’agent d’immigration Anthony DeVito (Michael Imperioli), Hermine est la femme au foyer américaine modèle des années 60, qu’il s’agisse de préparer des biscuits à l’avoine et aux raisins pour des événements religieux, de s’occuper d’une voisine malade (Debi Mazar) ou d’insister pour réparer un bouton lâche sur la manche de la veste de Lelyveld. Dans ses conversations avec Hermine, Joseph soupçonne qu’elle n’est peut-être pas au courant du prétendu passé de son mari, mais il est vite révélé que le passé de Russell (en fait celui d’un ouvrier du bâtiment de Long Island) n’est pas celui qui devrait le préoccuper.

Il s’avère que Mme Ryan est en réalité Hermine Braunsteiner, une gardienne de camp de concentration qui a épousé Ryan cinq ans plus tôt et s’est installée en Amérique, « où vous pouvez être qui vous voulez ». Au moment où Joseph prend conscience de cela, il est déjà en conflit avec les sentiments de protection qu’il avait envers elle auparavant. Mais il publie néanmoins l’article qui mènera à son extradition vers l’Allemagne de l’Ouest, où elle sera finalement jugée et condamnée pour complicité dans les meurtres de plus de 1 000 personnes.

Mais son histoire n’est pas vraiment une affaire conclue, le gouvernement américain n’étant apparemment pas pressé d’ouvrir une enquête qui mettrait en lumière son incapacité à empêcher les méchants d’entrer dans le pays.

Pour l’essentiel, le cœur du premier long métrage de Shirinian est moins préoccupé par ces faits concrets que par ce qu’il appelle « nos œillères morales qui commencent souvent par la familiarité », et cela donne lieu à une approche plus évocatrice du scénario d’Alyssa Hill, qui figurait sur la liste noire de 2016.

Les détails d’époque sont parfaitement fournis par les publicités télévisées d’époque, la scénographie nostalgique de Jean-André Carriere et les robes d’ambiance intérieure de la costumière Anette Cseri, qui rappellent les collaborations Hitchcock d’Edith Head pour Vertige et Les oiseaux.

La femme au foyer est certainement à son apogée lors de ces séquences précédentes, lorsque Lelyveld de Sheridan a l’impression erronée qu’Hermine Ryan est la victime involontaire plutôt que l’agresseur impénitent. La dynamique push-pull latente dans leurs rencontres s’avère séduisante. Une fois la façade soigneusement entretenue d’Hermine levée, le drame s’installe dans un territoire moins intrigant, en particulier lors des audiences d’extradition plus génériques. L’exception notable est la toujours efficace Lena Olin, dont le bref passage en tant que survivante d’un camp de concentration, attestant de la véritable nature sadique d’Hermine, contient une charge discrète.

Mais le plus grand atout du film est évidemment Watts, qui creuse sans crainte et réalise certaines des meilleures œuvres de sa carrière. Juste sous ce vernis soigneusement étudié de la quintessence de la femme au foyer américaine des années 60, informée par Betty Crocker et Miss Clairol, se cache une âme sombre et impitoyable et une rage à peine dissimulée. Même s’il arrive parfois que le scénario oblige son personnage à flirter avec quelque chose qui se rapproche du mélodrame, elle reste admirablement fermement ancrée dans son environnement minutieusement orchestré.

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