En tant qu’actrice elle-même, sans parler de la fille de la star de cinéma française Miou-Miou, la scénariste-réalisatrice Jeanne Herry s’y connaît en performance. Ses deux derniers longs métrages, Entre de bonnes mains et Tous vos visages, étaient tous deux des pièces d’ensemble mettant en vedette des acteurs de premier plan effectuant un travail solide à tous les niveaux dans des films qui privilégiaient les personnages et les émotions plutôt que l’intrigue.

Cette approche donne un autre tournant mémorable Un autre jour (Garance), qui met en vedette Adèle Exarchopoulos dans le rôle d’une alcoolique fonctionnelle qui est aussi une actrice qui travaille – ou du moins une actrice qui cherche du travail quand elle n’est pas trop plâtrée. Déjà auréolé d’un César pour Tous vos visagesainsi qu’une Palme d’Or pour son rôle dans Le bleu est la couleur la plus chaudeelle incarne avec succès une femme qui ne peut pas se débarrasser d’une habitude qui pourrait l’envoyer prématurément dans la tombe. Elle ne semble pas non plus le vouloir.

Un autre jour

L’essentiel

Une performance de premier ordre dans un drame vacillant.

Lieu: Festival de Cannes (Compétition)
Casting: Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud, Anne Suarez, Mathilde Roehrich, Brigitte Sy, Hélène Alexandridis
Réalisateur, scénariste : Jeanne Herry

2 heures

Mais il y a aussi une limite à la dernière pièce de performance de Herry, qui semble trop sommaire et trop lâche pour retenir notre attention, ou bien qui s’appuie trop sur l’histrionique pour le faire. Plus chronique que drame, il colle fidèlement aux côtés de son adorable bordel d’héroïne, qu’Exarchopoulos joue avec son funkiness sans conneries habituel, cette fois avec trop de verres de vin dans la trappe. Elle apporte une dose d’humour et quelques appoggiatures à un film en quête d’une histoire plus serrée, même s’il mérite d’être salué pour son honnêteté.

Cassavetes me vient immédiatement à l’esprit au début de Un autre jourqui canalise une partie de l’énergie désarticulée des deux chefs-d’œuvre du réalisateur sur l’alcoolisme et le jeu d’acteur, Une femme sous influence et Soirée d’ouverture. D’une certaine manière, le long métrage de Herry est une tentative de combiner les deux, capturant le double sort de son héroïne titulaire, à la fois buveur incontrôlable et interprète doué qui aime les projecteurs.

Mais il est difficile de réussir en tant qu’actrice – « dur, dur, dur ! » Garance, les larmes aux yeux, se confesse à une classe d’élèves du primaire dans une scène amusante – surtout lorsque vous commencez à brouiller vos répliques ou à arriver en retard à la répétition. Cela se produit de plus en plus souvent alors que nous voyons Garance essayer de s’accrocher avec de petits rôles dans des pièces artistiques ou des rôles principaux dans un théâtre pour enfants ambulant, se donnant à fond mais aussi se trompant chaque fois qu’elle a trop la gueule de bois.

Ses collègues comédiens finissent par la confronter à propos de sa consommation d’alcool, mais Garance ne veut pas l’entendre. Tout bon acteur vous dira qu’il n’est pas facile de jouer de manière convaincante une personne ivre, mais Exarchopoulos non seulement le fait extrêmement bien ici – elle joue celle qui continue de prétendre qu’être ivre n’est pas un problème, même si au fond elle sait que c’est le cas.

Le film se concentre sur le mélange d’émotions de Garance alors qu’elle éloigne ses démons intérieurs en étant en état d’ébriété la plupart du temps. Elle survit à quelques amours ratées, l’une avec un réalisateur impassible qui passe ses journées scotchées sur leur canapé, l’autre avec une écrivaine lesbienne (Sarajeanne Drillaud) qui l’ouvre sexuellement dans une relation à la fois passionnée et éphémère. Elle entretient également des amitiés stables qui impliquent principalement de sortir dans des clubs et de boire de l’alcool jusqu’à l’oubli.

Garance est trop fêtarde pour s’installer, elle est tellement en sauce qu’elle rentre à peine à la maison chaque soir en un seul morceau – et jamais avec ses bas intacts. Cette routine change, mais pas complètement, lorsqu’elle rencontre Pauline (Sara Giraudeau de Le bureau), une scénographe de théâtre saine, qui est tout à fait son opposé mais qui est aussi prête à supporter ses pitreries. Une grande partie de la seconde moitié du film retrace leur romance naissante à travers vents et marées, y compris le confinement dû au COVID et bien d’autres gueules de bois, jusqu’à ce que Garance soit presque épuisée au point de non-retour.

L’histoire d’un alcoolique fonctionnel est peut-être répétitive par nature – un autre jour, encore deux litres de vin blanc dans ce cas – mais cela ne la rend pas toujours intéressante à regarder. Pour renforcer le drame, Herry ajoute une intrigue secondaire en larmes impliquant la sœur cadette de Garance, Charlotte (Mathilde Roehrich), une survivante du cancer du sein qui reçoit tragiquement un diagnostic de leucémie avant de donner naissance à son deuxième enfant.

Cela semble exagéré, alors que les meilleures scènes de Un autre jour sont ceux qui semblent désordonnés et réels – un mélange qui est plus ou moins la spécialité d’Exarchopoulos. (Voir son merveilleux portrait d’hôtesse de l’air endiablée dans Zéro F *** donné.) Herry essaie parfois trop de nous émouvoir, même si elle parvient à saper le drame avec quelques rires sincères. Mais son film oscille avec inquiétude entre un récit hésitant et des tentatives laborieuses de mélodrame, sans jamais vraiment trouver sa place.

Cela ne veut pas dire Un autre jour ne bouge pas parfois, notamment lors d’un dernier volet où Garance met enfin de l’ordre dans ses affaires avec l’aide d’une addictologue au franc-parler (Hélène Alexandridis). À ce stade, son apparence commence à changer et le look durci qu’Exarchopoulos a porté pendant la majeure partie du film commence à fondre, bien qu’avec un peu plus de souffrance à venir. Mais c’est agréable de voir enfin Garance sourire, non pas parce qu’elle vient de boire un autre verre, mais parce qu’elle ne l’a pas fait.

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