Pour un bref et alléchant extrait de l’œuvre de Guillaume Canet Karmail semble que ce soit un film dans lequel l’ex-femme de Canet, Marion Cotillard, incarne une alcoolique employée dans une sardine espagnole. Nous n’avons jamais vu Cotillard faire exactement cela auparavant, ce serait donc une nouveauté, et ce serait peut-être bien de la voir dans un autre drame social ouvrier, toutes ces années après son tour nominé aux Oscars. Deux jours, une nuit. Mais quelque chose à propos de KarmaLa musique sinistre de nous dit que Canet, qui a également co-écrit le film, a des choses plus sombres en tête. Nous ne voyons l’usine de sardines qu’une seule fois avant que la véritable intrigue du film n’entre en jeu.

Quoi Karma Il s’agit en réalité d’un sujet familier à de nombreux consommateurs américains de séries documentaires diffusées en streaming. Non, il ne s’agit pas d’un escroc ou d’un mystérieux meurtre sur le campus. Il s’agit plutôt d’une secte, d’une communauté religieuse cloîtrée dirigée par un faux prophète abusif. Canet et son co-scénariste Simon Jacquet ont conçu de nombreuses règles et rituels pour cette secte servilement dévote, mais ils gardent également les choses suffisamment vagues pour ne pas évoquer une tradition religieuse particulière. Le catholicisme français est peut-être le fondement esthétique du groupe, mais ses croyances fondamentales sont centrées sur un homme mortel avec son propre ensemble de codes et de restrictions byzantins.

Karma

L’essentiel

Une chronique captivante d’un horrible retour aux sources.

Lieu: Festival de Cannes (hors compétition)
Entreprise: Pathé
Casting: Marion Cotillard, Leonardo Sbaraglia, Denis Ménochet
Directeur: Guillaume Canet
Écrivains : Guillaume Canet, Simon Jacquet

2 heures 29 minutes

Mais avant d’en arriver là, Canet doit établir le dramatis personae. Cotillard incarne Jeanne, une Française vivant sur la côte espagnole avec son partenaire, le menuisier argentin Daniel (Leonardo Sbaraglia). Ils semblent follement amoureux, mais avec un accent sur la partie « folle ». Le comportement de Jeanne est erratique : elle boit trop et elle est terriblement cavalière avec le temps lorsqu’elle garde le fils de ses amis, avec qui elle entretient des liens curieusement étroits. On nous dit qu’elle est la marraine de l’enfant, mais son dévouement envers lui – aussi insouciant qu’elle puisse être lorsqu’ils sont ensemble – suggère un lien plus profond qui attend d’être révélé.

Lorsque le garçon disparaît, Jeanne est la suspecte la plus évidente. Elle a été la dernière personne vue avec lui, le conduisant jusqu’au bord d’une rivière, une bouteille d’eau pleine de vodka à la main. Les choses ne s’annoncent pas bien pour la pauvre Jeanne, et suite à la révélation d’un grand secret, elle fuit le pays et retourne chez les gens durs qui l’ont élevée, implorant le pardon du chef tyrannique du groupe, Marc (Denis Ménochet). Daniel, quant à lui, tente de retrouver sa future épouse en fuite tout en réalisant qu’il ne sait pratiquement rien d’elle.

Canet met le film en mouvement de manière convaincante, s’aventurant de plus en plus loin dans un couloir sombre. Le culte auquel Jeanne a échappé est en effet assez malveillant, son enceinte aux murs de pierre servant de formidable prison pour les hommes, les femmes et les enfants qui y vivent et souffrent dans une stupeur effrayée. Marc donne l’exemple de Jeanne pénitente et impuissante, rappelant au reste de son troupeau le châtiment de l’apostasie et utilisant son temps difficile parmi les païens comme preuve de la raison pour laquelle aucun sous son contrôle ne devrait jamais vouloir échanger son ordre contre un péché et une dépravation aussi modernes.

Alors que Canet maintient principalement le film à une température sinistre et brûlante, des points sociopolitiques saillants sont ici soulevés – sur la propension des hommes puissants à la violence sexuelle, sur les dangers du fanatisme. Il gère également un mélodrame touchant, zoomant lentement pour révéler l’image complète de la vie lyriquement tragique de Jeanne. Son asservissement est une version extrême de ce que vivent de nombreuses femmes à travers la planète : contrôlées, rabaissées, gardées. Même les impulsions les plus savonneuses du film ne peuvent en occulter la pertinence.

À l’impact du film s’ajoute la performance engagée de Cotillard, portrait toujours changeant d’une femme en fuite à la fois physiquement et mentalement. Elle nous laisse deviner les motivations ultimes de Jeanne, ce qui préserve l’intrigue du film même lorsque la narration de Canet s’affaisse. Ménochet est une merveille effrayante dans le rôle de Marc, un grand ours qui sait terriblement cacher sa rage et sa possessivité sous l’apparence d’un ascète doux et éclairé.

Le principal défaut du film réside dans la conception de son monde, qui met trop souvent à rude épreuve la logique. Par exemple, je ne crois pas vraiment que Marc laisserait les enfants plus âgés de la communauté fréquenter chaque jour une école publique voisine. Cela constituerait une menace massive pour l’hégémonie établie par le film, en particulier pour les gens à leur âge le plus curieux et le plus rebelle. Canet doit faire une certaine gymnastique pour vendre plusieurs de ses vanités, et quelques-unes révèlent atterrir avec le bruit sourd d’une commodité trop facile. Le ton inquiétant et solennel du film est mis à mal lorsqu’il doit se plier à de tels raccourcis narratifs.

Toujours, Karma est très engageant tout au long. Et c’est réconfortant que ce soit un film ; Aux États-Unis, cette même histoire s’étendrait probablement sur six ou huit heures lugubres et serait jetée dans les bazars de contenu grouillants d’Apple ou d’Amazon. Il faut donc saluer l’efficacité de Canet, sa foi dans le pouvoir de la bonne star de cinéma et un récit juste assez substantiel pour retenir notre attention pendant la durée d’un long métrage. C’est exactement cela, suffisamment solide pour être pris au sérieux sans être confondu avec du grand art.

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